Exercices dans la rue à Strasbourg (juillet 2014)

ExStrs1C’est quoi les Exercices dans la rue ?

C’est partir à la recherche de Dieu dans la ville, prendre le risque de l’imprévu pour faire l’expérience que Dieu se révèle à chacun dans des lieux particuliers à travers des rencontres singulières.

Public : Ouvert à tous

Quand : du dimanche 27 juillet 2014 (18h) au vendredi 1er août 2014 (14h)

Où : Strasbourg

Coût (hébergement, repas, animation) : 195 €
(En cas de difficulté, n’hésitez pas à nous contacter)
Animation : Une équipe autour de Christoph Albrecht s.j.
Organisé par le Réseau Ignatien de l’Est
Inscription et renseignements: reseau.ignatien.strasb@gmail.com

Urban Heck : Salut Daniel

A la recherche de Dieu, je suis assis avec des alcooliques sur un banc du parc. Un homme à gauche au bout, une femme à moitié couchée au milieu, et moi à droite. Depuis trois jours je suis en quelques sorte des leurs. La femme veut dormir et se plaint qu’elle en peut pas. Je suis en train de manger une pomme et lui demande si elle veut qu’on lui chante une petite chanson pour l’endormir. Mais pendant que je suis en train de mâcher elle se me à chantonner « dors, petit enfant, dors… ». Lorsqu’elle s’arrêta brusquement, ma pomme étant finie, je commence moi-même à chanter. D’un coup elle se redresse, me regarde hagard, et me dit : « d’où la connais-tu ? » je réponds que j’ai deux enfants. Alors, elle raconte cette fois-ci parfaitement réveillée, comme si la petite chanson avait ouvert les vannes d’une écluses. J’ai cinq enfants le plus jeune est mort à l’âge de dix semaines et demies. Ils ont appelé à une heure et demi du matin : venez si vous voulez voir encore une fois votre fils. J’y suis allée en taxi, et là, ils me l’ont mis dans les bras et salut ! C’est du beau, hein ? Elle me regarde et je ne trouve qu’à dire « merde ! ». Elle répète comme si c’était un refrain : il me l’on mis dans les bras et salut ! C’est du beau, hein ? Je ne trouve qu’à répondre une fois encore « merde !». Avec les larmes aux yeux, elle parle de son fils mort, du trajet dans la nuit, comme si c’était arrivé la semaine dernière, et non pas il y a plusieurs années. Je sens que je deviens moi-même triste, que ma propre tristesse revient, ma tristesse somnolente à propos de la mort de mon neveu de dix ans Daniel. La femme interrompt son récit résignée : mais ça ne vous intéresse pas ? L’homme à ma gauche se déplace contrarié : « parlons d’autre chose ». Pour moi, ça suffit, j’en ai assez pour aujourd’hui. Je dois remercier une alcoolique du fait que je sache maintenant que j’ai un vieux compte à régler avec Dieu. Je ressens tristesse et colère pour la mort de Daniel. Le soir à la mise en commun en petit groupe je raconte, et m’interroge comment vais-je aller plus loin ? Est-ce que j’y vais ?

Propositions où le chemin peut-il me mener ? Dans un clinique infantile, dans un cimetière sur la tombe d’un enfant, ou bien à l’histoire de ce David de douze ans mort dans un camp de vacances et enterré là. Le lendemain à l’impulsion du matin je dessine un labyrinthe dans la cour intérieur avec une craie. On écoute l’histoire d’Emmaüs, on va au labyrinthe et on prie là. Ensuite je vais à la station de métro , prends le premier qui passe et décide de sortir la où sortent des enfants. Mais voilà il n’y en avait pas un seul dans tout le wagon. A la station suivante, monte une famille, je la suis, et aboutis dans un petit parc. Trois jeunes jouent à cache-cache, et je dessine pour eux, avec les restes de la craie. Ils viennent me demander : « Que fais-tu là ? ». Je les laisse deviner, ça leur vient tout seul que je dessine un labyrinthe sur le bitume. Un moment après je m’assois sur le banc à côté et lis à propos de la mort du petit David. Voilà que les enfants curieux reviennent et passent par le labyrinthe, rentrant, ressortant. Je lis de ce David qu’il fut bien entouré et salué ici à Berlin, et qu’il y fut enterré. Ca me crève les yeux que je ne me suis pas correctement séparé de mon neveu. Il y a trois ans que je l’ai enterré, mais je ne m’en suis pas vraiment séparé, je suis resté pendu à ma peine. C’est alors que je vois un des jeunes qui prend les restes de la craie et écrit au milieu du labyrinthe « DÉBUT ». Oui, voilà c’est ça je suis au centre de ma tristesse parce que je ne me suis pas correctement séparé de Daniel, je dois le faire. Arrive alors sur ma gauche au même moment une femme avec un petit enfant d’un an environ. L’enfant va à tâtons au centre du labyrinthe puis viens vers moi et me fixe du regard plein d’attentes. Je dis :salut ! La femme l’appelle alors impatiente : « Daniel, vient on y va ». Je me retiens – c’est incroyable, au milieu de la tristesse de mon devoir-faire arrive un petit Daniel. Et comme si Dieu qui me pourvoit tout, voulait encore plus précisément faire signe, la femme l’appelle encore une fois : « Daniel dit adieu ». Je ressens un incroyable frisson dans le dos. Je me sens concerné. Je m’incline devant Daniel, je lui caresse vigoureusement le dos et prend ainsi congé de mon Daniel. « Salut Daniel », et le petit s’en va. C’est ainsi que j’ai confié à Dieu mon neveu, qui me protège et m’accompagne. Le lieu était une place un parc profane et en même temps ce fut pour moi une terre sainte, comme celle du buisson ardent. Maintenant encore, des mois après, losque je le raconte, que j’essaie de traduire le miracle par des mots, maintenant encore ça me bouleverse.

Sœur Klara Maria Breuer SMMP

BERLIN ME FIT OTER MES CHAUSSURES

Exercer le regard et l’écoute avec respect. Tel était le but de ces exercices de rue à Berlin. Depuis trois ans les gens des ordres contre l’exclusion nous invitent à vivre ces jours dans la capitale. J’étais très curieuse à l’idée de vivre comment la métropole avec sa vie pulsive et contradictoire pouvait devenir un lieu de rencontre avec Dieu, une terre sainte.

Le premier jour, par un beau matin ensoleillé, mes pas me conduisent vers un banc dans le quartier de Kreutzberg. En tant que femme des ordres on ne me reconnaît pas car je suis habillée en civil. Au bout d’un petit moment une femme turque s’assoit près de moi. « ça fait quatre ans que je vis ici » me raconte-t-elle. Sa manière amicale et chaleureuse me parle; elle me fait déchausser. Enlever ses chaussures, cette image de la rencontre de Dieu avec Moïse par le buisson ardent se révèle être un fanion rouge au cours de ces jours. Dans cette histoire Dieu se révèle dans une pousse peu invitante et piquante. Au travers du buisson Moïse entend l’appel : « Enlèves tes sandales, car le lieu où tu te trouves est une terre sainte ». Christian Herwartz, jésuite, un des accompagnants des exercices dans la rue expliqua cette image dès le premier jour. Enlever ses chaussures cela signifie : ne pas passer par dessus les autres, toucher avec ses pieds nus la réalité souvent épineuse, pour chercher dans ses propres blessures et ses aspirations personnelles et extérieures les voies d’une vie bien remplie. Tout d’abord un mode de vie simple nous aide à nous en approcher en ces jours de vérité, en marge des groupes de gens debouts, bien portants. Notre logement de nuit se trouve dans la cave de la Paroisse Saint Michel, cet endroit est ouvert en hiver aux sans logis. Pour la prière personnelle nous allions soit dans l’église paroissiale, soit dans la chapelle des Franciscaines juste à côté. Nous prenions les repas en commun dans la salle paroissiale, c’est aussi ici que nous disions la messe du soir et que nous faisions la mise en commun en petit groupe. Nous sommes quatre femmes et cinq hommes à participer aux exercices dans la rue en cette caniculaire semaine d’été. Viennent s’ajouter nos accompagnants, deux jésuites, et deux femmes consacrées. Lors du premier petit déjeuné nous étions avec quelques hôtes qui pour ainsi dire nous passaient le témoin. Le moine bouddhiste Heinz-Jürgen un homme et une femme racontaient leurs expériences au cours de ces jours bénis. Ils avaient vraiment vécu plusieurs jours dans la rue. Ils ont vécu la richesse incroyable de la communication sans mots : un regard, un geste. Tout cela j’allais le vivre les jours suivants.

LES ETAPES DOULOUREUSES

« Parfois il arrive qu’il y ait des étapes douloureuses dans l’apprentissage de la connaissance de soi ». C’était écrit dans le texte d’invitation des organisateurs de ces exercices. Je ne le vécus pas lors de la rencontre avec cette femme turque, mais au deuxième jour de mon séjour berlinois lors de la visite de la soupe populaire des franciscains pour les sans abris du quartier de Pankow. Je veux donner un coup de main en lavant les légumes et en épluchant les fruits. Mais voilà qu’on me remets mes souliers. « On n’a pas besoin de vous ici, il y a déjà assez de personnes pour aider » me dit-on. Je vais donc m’asseoir avec les gens qui attendent ces repas. Et là je reçois la deuxième leçon importante du jour : être invité c’est un cadeau. On ne peut être que sur la place du marché, nous tenir ouverts, prêts. Si nous devons être invités ou non, ce n’est pas notre affaire. Sur ce point Christian nous rendait attentifs dès le début des exercices. Finalement je fus tout à fait officiellement invitée. Par Martha une femme de plus de 70 ans m’interpelle et m’invite à m’asseoir près d’elle. Peu à peu je découvre en moi la valeur qu’est le cadeau de cette rencontre. Après la soupe elle m’emmène dans ses lieux de fréquentation quotidienne. Le bureau du logement, le parc, le coin du café pour les aînés de la mission évangélique. Elle m ouvre la porte du contact avec ses amies et amis, les troisième et quatrième jours j’étais déjà presqu’une vieille connaissance à la cuisine de la soupe populaire. Je commence à ressentir son angoisse, sais petit à petit ce que cela signifie, faire la queue. Je suis reconnaissante pour ce repas et le sandwich. Je le sens c’est un lieu saint. Un autre lieu saint fût la tombe du pasteur évangélique le docteur Joachim Ritzkowski. Il a écrit un livre sur les sans abri. A vrai dire je voulais le rencontrer, mais c’est dans son église que j’appris qu’il était mort. A son initiative il fût errigé une tombe pour les pauvre et les sans logis dans le cimetière paroissial. Lui-même voulût y être enterré. Une femme m’y conduit, la tombe est parsemée de fleurs et d’épis je lis un écriteau sur la tombe où il est écrit : je vis vous devez vivre aussi. C’est ainsi que me dit cet inconnu à travers peu de ce que je sais de lui, combien ma vie est précieuse. De même que celle des gens qui fréquentent la soupe quotidienne. Comme Martha qui fût en quelque sorte mon guide au fil de ces jours. Manges encore quelque chose me dit-elle, elle veut partager sa recharge de salade de chou-fleur. J’hésite, mais après j’accepte l’invitation ; elle est un cadeau ressenti très profondément.
Extrait de continents 1/2004
sur nous-mêmes

A la rencontre de Dieu dans la rue

Beaucoup font des retraites dans un monastère. Alors que le jésuite Christian Herwartz invite à faire des exercices spirituels dans les rues de Berlin, et tout Kreuzberg devient une « terre sainte », les sans abris et les réfugiés deviennent des prophètes.

Un appartement au milieu de Berlin-Kreuzberg ; c’est ici que vit le père jésuite Christian Herwartz avec un confrère dans une petite communauté. « A vrai dire, nous ne sommes jamais que deux » explique-t-il, « ici vivent toujours beaucoup de gens dans nos quatre pièces ». Ce n’est pas un hasard si dans la chambre à coucher, à part son propre lit il y en a encore six autres : hébergement pour sans logis, alcooliques, repris de justice, réfugiés, toxicodépendants, des êtres humains qui ne savent plus où aller.

« Cela fait vingt-cinq ans que je suis à Berlin » raconte Christian Herwartz, qui fit son noviciat à Münster chez les jésuites en 1969, et qui étudia par la suite, le théologie et la philosophie. Selon une idée des jésuites il a travaillé à côté comme chauffeur, déménageur, tourneur, longtemps également en France. « Je sais ce que cela signifie être travailleur sur appel » se souvient-il. Pendant vingt ans il travailla avec des gens de toutes nationalités dans l’industrie électrique à Berlin, et a ainsi connu les histoires derrière les visages. Kreutzberg résume le père jésuite est « une jungle de grande ville, une maison turbulente et colorée ».

Logement dans la cave

C’est dans cette soi-disant idylle il y a quelques années, qu’un jeune confrère de Francfort voulait faire ses exercices de consécration : exercices qui sont sensés apporter la lumière pour savoir s’il était appelé à la prêtrise ou non. Il ne voulait pas les faire dans monde sain, mais dans le quotidien de la ville, chercher des lieux saints, et surtout Dieu ! La rencontre avec les gens avait tellement remué le jeune homme qu’il dit au père Christian Herwartz : « en eux j’ai découvert la présence de Dieu, maintenant je sais pourquoi je me consacre ! ». Comme deux autres prêtres firent la même expérience, et en parlèrent le soir au père Christian et aux hôtes présents ; l’idée naquit d’offrir des rencontres avec Dieu à ceux qui le cherchent. « En été 2000 nous avons donc ouvert l’invitation aux exercices de rue pour la première fois ». Le concept de l’époque reste en vigueur aujourd’hui encore. Les participants viennent à Berlin pour dix jours et logent à la cure de la paroisse Saint Michel dans le quartier de Kreuzberg. Nous avons une cave à disposition, qui sert en hiver, pendant plusieurs mois de logement de secours aux sans abris, elle offre un logement rudimentaire avec matelas et petite cuisine. C’est là que débutent et finissent les exercices pour les participants. Entre la prière du matin, le petit déjeuner et la messe, suivie du repas et de la mise en commun des expériences le soir, chacun suit son chemin dans les rues de Berlin, sur le chemin de sa vie. Certains utilisent les transports publics, d’autres vont jusqu’où leurs pieds les mènent.

Aller jusqu’où les pieds nous portent

Un des participants a fait presque tous les chemins pieds nus. Prenant ainsi à la lettre l’histoire du buisson ardent que le père Christian raconte au début de chaque exercices. Dans cette histoire, Moïse au beau milieu de son quotidien est secrètement interpellé par une apparition qui le fascine et le trouble. « Heureusement que Moïse ne s’est pas éloigné ! ». Le jésuite interprète ainsi l’Ecriture, « au contraire il est resté » ; Moïse obéit à Dieu qui veut parler avec son prophète, et qui formule ensuite une condition à laquelle Moïse doit se soumettre. « Tu es sur une terre sainte » dit Dieu à Moïse, c’est pourquoi il doit se déchausser.

Un signe étonnant. Mais le directeur des exercices explique ce que signifie se déchausser. « Cela veut dire entrer dans la réalité, arrêter de fuir, de passer par-dessus les autres, enlever les chaussures de la puissance, du mieux-être, du meilleur savoir, pour devenir des enfants du bon Dieu et des frères et sœurs dans la famille humaine.

Le jeune homme qui marcha pieds nus sembla le faire sans peine. D’autres se sont fait mal, ont mis plusieurs jours à se laisser conduire, là où ils n’arrivaient pas dans la réalité, mais aussi souvent dans le sens transportés. «Le buisson c’est d’abord quelque chose de pas simple, de pas beau » se souvient un participant. « Quelque chose qui peut faire mal, ou vers quoi on a pas envie de s’attarder ».

« Tout le monde a peur à certains endroits ». Certains ne peuvent s’approcher que lentement d’un groupe de drogués dit Christian Herwartz. « Mais s’il reste, il commence à délasser ses chaussures, il entre dans le lieu de méditation dirait le fondateur de l’ordre Ignace. Ses peurs sont certes là, mais il devient plus tranquille et curieux de voir comment Dieu va l’interpeller. S’il a réussi à ouvrir son coeur, il reviendra, ou bien à l’aide d’un passage biblique, il reconsidérera l’histoire quelque part ailleurs ».

Une liste de lieux saints

Certains participant(e)s mettent du temps à trouver leur lieu, d’autres savent tout de suite où Dieu va les envoyer. Celui qui n’a aucune idée où aller reçoit de Herwartz une liste de « lieux saints » à Berlin. Il s’agit de soupes populaires, du bureau du travail, de divers prisons, de lieux chauds, d’hôpitaux. Un homme arrive dans la division des prématurés d’une maternité. Il pleure soudain alors que revient à la surface une longue histoire, un épisode de sa propre vie de plusieurs années. Cet homme apprend au cours de ces jours à faire la paix avec lui-même. Une femme découvre en méditant combien il lui est difficile de se séparer de son enfant, de plus de trente ans. Un prêtre de soixante ans en découvre enfin un partenaire pour dialoguer en partageant un morceau de pain avec un sans abris qui le comprend véritablement. Ils philosophent les deux autour d’un carton de pizza vide, sur Dieu et le monde. En été des dates fixes sont proposées pour des exercices de groupes, cependant, toute au long de l’année des personnes seules peuvent venir à Kreuzberg et parcourir les rue de Berlin peut être spécialement en ces temps avant Noël.

« Dieu nous attend là où nous ne l’attendons pas ». Dit Christian Herwartz. Ce fut autrefois dans une étable, et peut être aujourd’hui dans les rue de Kreuzberg. C’est pour cela que les sans abris, les repris de justice, et les dépendants de toutes sortes sont des messagers de Dieu, et des aides pour l’humanité.

Paru dans Eglise et Vie décanat Münster, Décembre 2003
Traduction: Jean-François BOO

Mehdi Lmoual Ils ont fait le trottoir!

Dans le courant du mois de juillet, le P Stany Simon s.j. et quelques Compagnons jésuites ont vécu leur retraite annuelle dans la rue en plein Bruxelles ! … Récit d ‘une expérience trés particuliére.

Pére Stany, d’où vous est venue cette idée plutôt surprenante?

C’est le P. Marcel Remon, lors de la réunion ä Amsterdam des ‘Jesuites européens en milieux populaires’, qui avait entendu un confrére allemand, Christian Herwartz, parler de cette expérience nouvelle, tentée depuis peu dans des villes comme Berlin, Francfort, Bäle, etc. Tout de suite, il s’est dit que cette démarche pouvait répondre á son désir de vivre les Exercices spirituels avec le Christ pauvre et humi1ié, parmi les paumés de la vie et les laissés pour compte de la société.

Et vous-méme, comment vous êtes-vous trouvé partie prenante de la démarche?

C’est bien simple. Christian Herwartz était disponible pour animer ces huit jours, de même que Jacques Enjalbert, unjeune Jésuite francais, et par ailleurs la Communauté Avec mettait trois locaux á la disposition des retraitants. Marcel a donc proposé la démarche á plusieurs de ses confréres. Beaucoup se sont montrés intéressés, mais cinq seulement étaient encore libres – ou libérables – á la periode proposée: Christophe, Etienne, Jean, Marcel et moi.

Cinq ! N’est-ce pas négligeable?

En fait, avec les deux accompagnateurs, cela donne sept. . .un nombre idéal, qui nous a permis ä chacun d’aller librement notre chemin, d’écouter chaque soir le réit de la journée de nos autres Compagnons, de nous répartir la prise en charge, á tour de rôle, de la priére du matin, de l’Eucharistie quotidienne, des emplettes et de la préparation des repas du soir…

Comment s ‘est éiroulée votre semaine?

Christian et Jacques nous ont fait démarrer d’un seul texte de la Bible: l’expérience de Moise au buisson ardent, qui nous invite á « déposer nos sandales ». Symboliquemcnt, cela signific qu’il y a beaucoup de choses á laisser tomber pour aller librement á la rencontrc de Dieu et des autres. Ils nous ont ensuite encouragés á partir « á la recherche de ce lieu sacr~é oú Dieu va nous révéler Son Nom, comme á Moise »; enfin á découvrir « ce peuple dont Dieu a entendu les cris et vers lequel il nous envoie ». A partir de lá, lés parcours, les lieux, les rencontres furent multiples et divers. Quelquefois nos routes se croisérent ou se partagérent, fût-ce pour nous soutenir et nous réconforter. Mais aprés quelques jours, chacun avait ‘son’ lieu, oü il fit des rencontres surprenantes.

Mais qu ‘est-ce quifavorise ees rencontres? Racontez-nous.

La quête d’un ‘lieu’ peut prendre du temps. Moi, par exemple, ca m’a pris quatre jours. Etienne, lui, l’a trouvé d’emb1ée! Les ‘rencontres’ surviennent si tu demeures durablement en ton lieu ou si tu es fidéle á 1’itinéraire qui finit par s’imposer á toi. Pourquoi Marcel, aprés avoir tenté – en vain – d’entrer en contact avec les réugiés refou1és du 127 bis (Zaventem), a-t-il vu son itinéraire sinueux dans la ville le mener successivement au monument á la mémoire des martyrs juifs, puis á une petite mosquée de Molenbeek, oú des Guinéens sans papiers l’avaient invité á venir prier, en passant par l’ég1ise du Béguinage occupée naguére par des ‘sans papiers’?

Pourquoi Christophe, qui passait toute ses journées le plus souvent seul devant le ‘Petit Château’ (Centre d’accueil des demandeurs d’asile), adossé au mur d’une enceinte qu’il ne pouvait franchir, a-t-il fini par parler longuement de Dieu avec des musulmans ? « Comment, nous disait-il, ne pas se remémorer la rencontre entre Jesus et la Samaritaine lorsque l’un d’eux, avec qui j’avais partagé ma gourde, m’eut dit: ‘Donne-moi encore un peu de ton eau’
Pourquoi Jean, qui avait choisi de demeurer sur Ie même banc, huit jours durant, entre la Rue Haute et la Rue Blaes, au coeur des Marolles, a-t-il été touché par ce mot d’enfant: « Toi, t’as pas de maison. T’es toujours sur ton banc»?
Pourquoi Etienne était-il spontanément allé rejoindre les SDF du centre-ville, au point de se voir invité, aprés quelques jours d’apprivoisement, â faire la manche tout comme eux, recevant sa part de la quête en fin de journée?
Pourquoi Michéle tel jour, Fatima tel autre, sont-elles venues me rejoindre sur le banc que j ‘avais fini par choisir comme «mon lieu »‚ pour me parler l’une comme l’autre de leur vie, deux heures durant, alors qu’elles ne connaissaient au départ ni mon nom ni mon statut de prêtre?
Notre dernier aprés-midi, nous l’avons passé en compagnie de la petite équipe du ‘Poverello ‚ de la rue Verte. Et nous l’avons quittée avec un sentiment d’admiration, parce que ce que nous avons tenté de vivre pendant une semaine, elle le vit quotidiennement, accueihlant sans exclusive le ‘taut venant’.

Propos recueillis par Mehdi Lmoual
ECHOS de la Compagnie de Jesus,
Septembre/Octobre 2003